Description
À la fin des années 60, les grandes entreprises imposent une nouvelle esthétique : les tours de béton, les open spaces géométriques à perte de vue et les employés parqués dans des petits carrés gris. Jacques Tati veut faire de cette aliénation bureaucratique le cœur de son prochain film, Playtime.
Sauf que Tati ne fait pas les choses à moitié. Dégoûté par le Paris moderne, il refuse de tourner dans de vrais bureaux. Son vice absolu ? Il fait littéralement sortir de terre « Tativille » sur un terrain vague de Vincennes : un décor titanesque avec ses propres routes, son propre système électrique et ses immenses façades de gratte-ciel. À l’intérieur, il met en scène des cadres en costume qui tournent en rond, comme des rats de laboratoire coincés dans le labyrinthe froid et millimétré de la productivité moderne.
La morale ironique de ce chef-d’œuvre visuel ? Pour critiquer le culte du rendement et la folie des grandeurs du capitalisme, Tati est tombé dans son propre piège. Le tournage a été un tel gouffre financier qu’il a englouti toute la fortune personnelle du réalisateur. Il a fini totalement ruiné et endetté, broyé par la création de la machine qu’il voulait dénoncer.
Accès Direct :
• Œuvre : Playtime
• Artiste : Jacques Tati
• Localisation : Paris, France (1967)
• Voir le film (lien en bio)