Description
On essaie souvent de te vendre la rébellion comme une esthétique ou une tendance de mode. Mais la vraie transgression, la plus dangereuse, c’est d’écrire un poème sur le désir féminin dans l’Iran des années 50.
Prends Forough Farrokhzad. À 20 ans, elle commet l’irréparable : elle demande le divorce, perd la garde de son fils (comme l’exige la loi de l’époque), et publie un poème intitulé Péché. Dedans, elle ne s’excuse pas. Elle parle frontalement du corps, de la passion et de la liberté d’une femme.
Dans une société ultra-conservatrice, c’est l’équivalent d’une bombe nucléaire. L’establishment littéraire et religieux tente de la broyer, la presse la traite de folle, le système veut l’effacer.
La réponse de Forough ? Elle change d’arme. Elle prend une caméra.
En 1962, elle part s’enfermer dans une léproserie pour y réaliser le documentaire La maison est noire. Sous couvert de filmer la maladie, elle dresse un miroir glaçant de l’enfermement et de l’hypocrisie de la société iranienne. Avec ce film de 22 minutes, elle invente à elle seule la Nouvelle Vague du cinéma iranien.
Elle meurt tragiquement dans un accident de voiture à 32 ans. Et quand le nouveau régime islamique prend le pouvoir en 1979, sa poésie est évidemment bannie. Mais le système avait déjà perdu. Ses livres se sont copiés et échangés sous le manteau pendant des décennies.
La censure n’a fait que forger sa légende. On a voulu la faire taire, elle est devenue la voix la plus puissante, la plus intime et la plus moderne du Moyen-Orient. La preuve que l’art ne sert pas à faire joli. Il sert à prouver que tu existes quand l’État veut t’invisibiliser.
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Forough Farrokhzad
Péché (Poème, 1955), La maison est noire (Film, 1962)
Quel autre poète ou écrivain a réussi, selon toi, à faire trembler tout un gouvernement avec de simples mots ?